13 avril 2013 - L'apiculture moderne et 50 ans d'agriculture chimique


Force est de constater que l'apiculture aujourd'hui n'est plus ce quelle était il y a une quarantaine d'années. (Je n'étais pas là pour le voir, mais) les témoignages d'ancien apiculteurs ne manquent pas. Au XXIème siècle, l'élevage des abeilles domestiques nécessite une batterie de traitements sanitaires et de "médicaments" qui n'étaient pas nécessaires, voire qui n'existaient pas, avant 50 ans d'agriculture chimique.
On ne peut plus, aujourd'hui, élever des abeilles sans les soigner. Ce qui est un comble pour une activité naturelle sensément saine et pure. En France, par chance, jusqu'alors, vue la petite taille du territoire et la volonté farouche d'une agriculture raisonnée, donc d'une apiculture militante (qui ne cherche pas exclusivement à "faire du rendement"), on évite les écueils des grandes nations de l'hémisphère nord, notamment les Etats-Unis, exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire. Peu de transhumance, en France, ou alors très localisée.

Mais l'apiculture française est peu à peu rattrapée par la tendance mondiale, subissant également 50 ans d'agriculture chimique*, et également touchée par les épidémies des colonies, dont le fameux CCD (colony collapse disorder) : les abeilles disparaissent soudainement de la ruche, à n'importe quel moment de l'année, alors que tout semble "au vert" dans leurs conditions d'élevage.

Les traitements à appliquer dans l'année se multiplient : nourrissement obligatoire avant l'hivernage, puis au sortir de l'hiver, traitement bio contre le varroa (souvent insuffisant), traitement fort (à l'acide formique ou oxalique) contre le varroa, chlorhydrate de tétracycline, oxytétracycline, sulfothiazol contre la loque, terramycine, soufre dans l'enfumoir, changement de reine, acide salicylique, infusions de romarin, de sauge, d'origan, de thym, de lavande ou de persil jusqu'à des traitements antibiotiques préventifs. L'apiculteur devient tout à la fois un chimiste, un vétérinaire et un pharmacien qui essaie de rester scrupuleux. Et surtout un apprenti-sorcier qui risque fort de tuer lui-même ses colonies si les traitements sont mal appliqués. Sans parler du coût que celà engendre au rucher : remérer tous les ans (c'est-à-dire remettre une reine), installer de nouveaux essaims (son prix grimpe en flèche, minimum 100€ l'essaim), traiter... Ce n'est pas un hasard si la moitié des apiculteurs a disparu en 15 ans.

 

Mes abeilles, implantées en ville subissent certainement un dérangement lié au biotope que je leur impose, mais subissent surtout, comme toutes les autres un phénomène multi-factoriel difficile à comprendre et surtout, en l'état actuel de la recherche et des lenteurs des décisions agrico-mondiales, un phénomène de mortalité impossible à enrayer.
On applique le principe de précautions à l'humain (parfois assez tard), pourquoi pas à l'élevage.


C'est un scandale sanitaire, même un risque sanitaire. Au même titre que ce qui concerne les conditions d'élevage des mammifères que nous mangeons. C'est aussi un scandale agricole dans la mesure où la pollinisation des fruits et des légumes ne sera plus assurée par les hyménoptères domestiques et sauvages et qu'il faudra recourir à des machines et à des hommes. Le surcoût envisagé est énorme ! Prévoyez une augmentation violente du prix des fruits et des légumes dans les 10 ans à venir !

Pour demain, c'est déjà trop tard, mais quel monde voulons-nous pour après-demain ?

 

Mortalite_des_abeilles

 

 

* Pour ne citer que les néonicotinoïdes, voyez dans combien de pesticides ils sont utilisés. Et par quels laboratoires ces pesticides sont fabriqués !

 

 

 

30 secondes d'observation à la ruche la plus vive de mon rucher.